Poème : La topographie d’une gorge

Une coulée acide dégringole sur ma nuque, comme une rivière de lave. Je sens les croûtes terrestres se former à la racine de mon nouveau volcan capillaire. Cela brûle. Le sommet du Mont Dorsale atteint des températures presque inhumaines. Le flanc en est rugueux, suintant, dégoulinant d’un jet visqueux. Une odeur infâme, comme une corbeille de fruits passés, s’échappe des cratères poreux. L’éruption aurait pu s’éteindre naturellement, si les serres de la main rapace n’avaient agrippé de leur féroce avidité le derme fragile de mon crâne. L’aigle s’est envolé avec des morceaux de chair et de rocs entre les doigts, fier et vainqueur d’avoir altéré la topographie de ma gorge.