Poème : La Peau de Femme

L’antre est paisible, anormalement chaud

Le crayon aligne des promesses incertaines

Le chant de l’oiseau rature la beauté du geste

Les mots tombent dans la nuit, dans l’oubli

Glissent placidement sur la peau de la femme

Les becs affamés en picorent la parure

Gestes insoutenables

Où se dérobent la pudeur

Et la honte

Le cri reste inaudible aux regards

La main reste muette

Inerte

Face au cordon frêle qui se tord

Dans ce repaire tiédi par la peur

Les mots se frappent

Se mordent

S’entortillent

Se fracassent

Les uns contre les autres

Ils griffent l’intérieur de la paroi

Distordent la Peau de femme

Informe

Difforme

Monstrueuse

Les noms communs se cognent contre les dents

Supplice, délire, phantasme

Les adjectifs poussent entre les ongles

Horrible, terrifiante, fantasque

Les verbes pronominaux s’insinuent entre les lèvres

Ils s’agglomèrent, se débordent, se résorbent

Les conjonctions s’étirent dans l’abdomen

Toutes les phrases se ruent

Dans l’interstice de la langue

Elle se soulève, gonfle, grandit

Elle touche le palais

Devient baleine sans nageoire

Les mots dégoulinent

En geysers

Dans l’interligne des pores

Dans les trous perforés par les attaques

Ubuesques

Animales

Bestiales

Les bleus se lisent ligne après ligne

Sur la toile mouchetée

De la Peau de femme