
J’ai un nénuphar dans les poumons
ou peut-être au fond de la gorge
Il m’empêche de parler
Les mots restent bloqués
par le nénuphar
la tumeur prénatale
l’ovocyte sclérosé
La bile des syllabes babillées
enfonce ses griffes
et s’accroche
aux parois muqueuses
Elle s’insinue
entre les dents serrées
laisse marques sanguinolentes
sur paumes meurtries
tel Christ ressuscité
Le caillou frotte
la jambe nue
Les gouttes de sang s’écrasent
contre le sol granuleux
en un bruit râpeux
et infini
une à une
ploc ploc
Les lambeaux de chair s’effritent,
jusqu’où ?
jusqu’à quand ?
elle poursuit les gestes mécaniques
tel un robot
Détraquée
Incompréhension des témoins
Vide sidéral dans
L’encéphale des cerveaux
humains
conventionnés
Introversion :
Détestation du corps
barrière de la pensée
Déchirure de Soi à Soi
Verdict écrit en lettres rouges
COUPABLE
de la faute
originelle
la faute de l’enfance
Le souffle puéril
qui respire
qui vit
qui agit
et ne cause
que souffrance
La décision fut prise :
Annihiler les pores
de la peau
Détruire la masse
corporelle excessive
jusqu’à ce que les os
se brisent
Supprimer toutes traces de vivre
jusqu’aux reflets dans le miroir
jusqu’aux reflets dans les photographies
menteuses
Briser le verre
l’imposture sort
du cadre
Et pourtant
il existe un moyen
d’avorter le vomi
du flot de mots
du flot d’idées
du flot de paroles
dans la tête
Quelque chose monte
en elle
Le son battu en rythme
provoque la catharsis
salvatrice
Métamorphose carnassière
La rage et la frustration d’inexpression
sont expulsées par le mouvement
des bras
des jambes
et de la tête
L’androgynie
noie
le chagrin existentiel
Mais la lumière de Soi
sur le miroir des autres
réfracte
les désirs
inassouvis
et les peurs d’abandon
L’angoisse abîme le fil
ROUGE
Le corbeau emporte avec lui
les lambeaux
de chair
et les rêves brisés
Brûlures de l’épiderme
cubital
Le corps
englouti par les vapeurs d’éthanol
se tord
dans une transe carnavalesque
L’ego s’altère
Le cerveau plongé dans l’oubli
Les barrières du corps
implosées
La danse des doigts
lui aussi salvateur
appuie sur les touches
d’un geste mécanique
Les synapses communiquent
les images inventées, irréelles
Les mots se couchent sur le papier
silencieux, indolores
Vos mains retiennent mes mots
Mais vos mots sèment le chaos
Pourquoi m’inculper
Contre un crime que je n’ai voulu
Que celui de la liberté
Qu’enfin elle me soit connue