
« Mon langage est pourtant parcimonieux. J’évite les interjections trop brutales. Un accord tacite me relie à ceux qui me lestent. Ils connaissent inconsciemment mes langues intimes, n’y prêtent d’ailleurs plus aucune attention après quelques semaines de cohabitation. A chacun de leur mouvement, à chacune de leur main tendue pour se saisir de mon poignet, un soupir s’échappe de ma bouche, auparavant close. Un râle hivernal et imperceptible effleure le visage de celui ou de celle qui se penche sur mes lèvres. »
Le recueil de nouvelles « In-primés » va paraître le 4 septembre en librairie. De nature variée, les récits qui composent ce recueil ont pour fil conducteur les portes ouvertes, les quiproquos du silence et la domination des corps.
Son titre évoquant les aléas de la publication, « In-primés » présente des nouvelles aussi bien réalistes que fantastiques, aussi bien poétiques que psychologiques, ou encore abordant des sujets sociétaux.
Parmi les textes publiés, paraît « Le fredonnement du beurre fondu », un récit original dans lequel le narrateur ne se laisse pas saisir avec facilité :
« La porte s’ouvre. Toujours aucune trace de gaieté ou de légèreté dans l’atmosphère. Nos complaintes se répondent à l’unisson, sans trop d’efforts, et occupent toute la place de la pièce silencieuse. Nous nous réconfortons mutuellement, elle avec son « ploc » et moi avec mon « tchouc ». En chœur, nous reproduisons au quotidien les mêmes phrasées, les mêmes syntaxes, sans déroger une seule fois au rythme de nos points-virgules. Tant que la porte s’ouvre, nous savons tous les deux qu’un espoir reste envisageable, mais ne sommes pas prêts à nous y adosser confortablement. »