
« Mon héritage est là aussi, dans la certitude que l’infraction doit primer sur la norme, dans la conviction qu’il ne peut y avoir de vie qu’irrégulière et de beauté que monstrueuse. » (Arcadie)
Le corps parle plus qu’il ne tait. Il prononce des injonctions inaudibles à la voix. Dire le corps parfois ne suffit pas. Emmanuel Bayamack-Tam écrit le corps comme objet littéraire : corps transformé, métamorphosé, désirant, désiré, rejeté, malmené, méprisé, hybride. Il est le moteur de la quête de soi et permet d’exposer les ambivalences de l’âme humaine dans un style cru, mordant et désopilant.
« Le film s’achève par un gros plan sur moi, cheveux collés aux tempes par la transpiration, bonds arythmiques, petits cris de plaisir, grand sourire édenté. Quelle tristesse, cette joie. Quel gaspillage, ce désir fou d’en être et de bien faire, tout cet amour dardé en pure perte sur des adultes qui n’en voulaient pas. » (Arcadie)
« Je suis en mesure de formuler le principe suivant : les gens jugent leur corps beaucoup plus sévèrement que leur âme. Je suis même à deux doigts de penser que l’intolérance avec laquelle ils traquent leurs défauts physiques est inversement proportionnel à leur laxisme moral… » (La Treizième Heure)
« Non seulement les miroirs contribuent à vos souffrances psychiques, mais je ne vois pas ce que vous cherchez à y apprendre ou à y vérifier ! Ne serait-ce que parce qu’ils ont leur propre réalité géométrique ! Essayez un peu de lever la main gauche devant votre miroir, vous verrez si votre reflet ne lève pas la droite ! » (Arcadie)
« Crétine. Je suis ce que tu ne t’autoriseras jamais à être : une fille aux muscles d’acier, un garçon qui n’a pas peur de sa fragilité, une chimère dotée d’ovaires et de testicules d’opérette, une entité inassignable, un esprit libre, un être humain intact. » (Arcadie)
Emmanuel Bayamack-Tam est un véritable coup de cœur littéraire.