Quand le récit construit l’identité

Le Cri du sablier est un livre coup de poing.

J’ai découvert l’autofiction à travers les mots de Chloé Delaume, et son processus de création aussi fascinant que le travail de Marina Abramović, flirtant souvent à la frontière de la performance et de l’expérimentation.

Chloé Delaume explore à la fois la notion d’identité qu’elle façonne en même temps qu’elle raconte, mais elle interroge également la syntaxe, la sémantique et l’étymologie.

« La fragrance du sapin tournoyait si sûre d’elle ignorant tout des vrilles qu’elle sinuait nasaléenne. J’effilais un ruban au crochet des silènes. Bouchetant dans ma moelle l’oxyde de la couronne les épineuses nervures qu’il faut solliciter pour cambrer la survie cabrioler la garde H2O la noyade la goulée du j’existe. Substantifique serait trouvons le substantif combien même adjectif ou onomatopée salvateurs à quoi bon cette langue m’est étrangère cette langue pâteuse blanchie dans une bouche tétanique. Les mots comme on les lit. Sans résonance interne. Les mots comme on écrit. Non ça ne se crie pas. Comment leur expliquer quand revient bien plus tard le don de l’expulser. De l’expulser, le Verbe. Mon cerveau comme un livre. Les synapses corollaires au cahier paraphaient. Et toujours au chapitre s’étiolait l’incipit […]« 

Je n’ai pas pris le temps de lire ses derniers romans, mais Le Cri du sablier reste pour moi une œuvre littéraire saillante, avec un lexique d’une précision aussi glaciale qu’une opération chirurgicale à cœur ouvert.

« […] ma langue ne fourche plus je ne tourne plus rien. Le sablier s’effondre mon papa Babylone ma putain sclérosée je n’ai plus je te dis quiconque à faire payer. Le seul cri qui a cours au tombé du rideau est celui qui s’échappe des deux vases ovoïdes abouchés mon cher père si tant verticalement. C’est le sablier même qui beugle le dénouement. Car ton temps est figé mon papa, ma Lotherie. Tu ne t’agiteras plus j’ai su me retourner. Car ton temps c’est certain se paralyse givré.«